Il suffisait d'y penser!!
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Il suffisait d'y penser!!
Le Monde.fr |
10.02.12 | 10h18
Dans son rapport annuel dévoilé mercredi 8 février,
la Cour des comptes dresse une critique implacable de la réforme de la mastérisation adoptée en 2008. Cette refonte de la formation des enseignants a fait passer le niveau de recrutement de bac+3 à bac+5 et supprimé l'année de stage. Pour les sages de la rue Cambon,
elle a manqué toutes ses cibles : pas d'économie budgétaire dégagée, manque de suivi des nouveaux professeurs peu ou pas expérimentés, baisse du nombre des candidats...
A cette occasion, Le journal Le Monde a ouvert un appel à témoignages et reçu de très nombreuses réponses de futurs et jeunes enseignants qui ont essuyé les plâtres de la réforme. Tous, dans leur très grande majorité, se plaignent d'avoir été jeté dans le grand bain sans préparation.
Voici une sélection de ces témoignages.
Je vais faire court. Lauréat du Capes en juillet 2010 à 30 ans, j'ai fait ma rentrée en septembre 2010, 18 heures par semaine, 150 élèves... J'ai été arrêté pour épuisement deux semaines avant Noël, repris en janvier, à nouveau arrêté pour état anxio-dépressif (!) de fin février jusqu'à la fin de l'année scolaire. J'ai démissionné en septembre 2011.
Ministère de l'éducation nationale : 1, trou de la Sécu : 0. Remarque : Tutrice absente suite à hospitalisation les deux premiers mois (pas sa faute).
J'ai auparavant travaillé dans une usine qui fabriquait des filtres de cigarettes : j'avais été formé 5 jours pendant 8 heures avant d'être laissé seul sur la machine. Pour enseigner l'anglais à 150 jeunes, on m'a formé 0 minute... cherchez l'erreur.
Aujourd'hui, j'essaie surtout d'oublier cette année. Je suis maintenant consultant à mi-temps pour une entreprise américaine : 2 fois moins de salaire (mi temps) mais 20 fois moins de boulot et 100 fois moins de stress.
Je fais partie des jeunes enseignants stagiaires de 2010-2011. Non seulement j'ai eu des semaines assez lourdes (15 heures dans un collège difficile), mais en plus on m'ajoutait une journée de formation sur le seul jour pendant lequel je pouvais prendre le temps de préparer correctement mes cours. Formation qui ne m'a jamais appris à gérer des classes. Ma tutrice non plus. C'était "marche ou crève". Elle s'est plus appliquée à vérifier que je faisais mon travail qu'à m'aider. J'ai dû prendre des anxiolytiques pour pouvoir dormir, tellement les élèves, la formation et la tutrice me stressaient.
Cette année, j'apprends enfin à faire des cours qui marchent, à faire progresser les élèves car plus personne ne vient m'imposer des méthodes qui ne sont applicables que dans les établissements dans lesquels les élèves sont consciencieux. J'aurais préféré ne pas avoir de formation et avoir un tuteur qui m'aide vraiment.
J'étais stagiaire l'année dernière dans un lycée : bonne ambiance, tuteur en or, collègues très disponibles, élèves agréables, une direction qui soutient les stagiaires ; je faisais partie des chanceux. Les seuls à avoir souffert de mon année de stage auront été mes élèves. Après l'agrégation de maths, un Master 2 Recherche, un début de thèse de doctorat et deux ans à enseigner dans une école d'ingénieur, je me retrouve début septembre face à une classe de seconde. Je ne sais rien du "fonctionnement" d'un lycéen, je ne sais pas préparer un cours (si ce n'est un cours de fac mais on n'enseigne pas en licence comme en seconde), j'enchaîne les désastres pédagogiques. Heureusement, j'aime ce boulot et les gamins que j'ai en face de moi. Je fais de mon mieux pour qu'ils comprennent, je fais des essais... et beaucoup d'erreurs.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir sacrifié mes classes de l'année dernière sur l'autel de mon apprentissage. Mes 80 élèves ont été mes cobayes et beaucoup en garderont des "séquelles mathématiques". Ils sont les vrais perdants de cette réforme.
Ayant préparé le concours par correspondance avec le CNED, ma surprise fut de taille : j'ai fait ma rentrée en septembre 2010 dans un établissement d'Aubervilliers au sein d'une équipe peu soudée, avec comme seule expérience mon parcours professionnel commercial de huit ans ! Qu'est-ce qu'un cahier du jour, à quoi sert-il? Comment construit-on des apprentissages? Pourquoi nos tuteurs nous laissent-ils une liste de 35 à 40 priorités ? Pourquoi avons-nous passé 5 semaines dans une classe à les regarder passivement enseigner? Pourquoi l'exigence extrêmement élevée que l'on nous demande ne se retrouve-t-elle pas chez nos formateurs ?...
Bref, cette année 2010-2011 a été une année très, très difficile ! Pourquoi les élèves des quartiers en difficulté doivent-ils être les boucs-émissaires de cette réforme?
Un compte rendu édifiant | 08.02.12 |AFP/JEFF PACH Depuis la réforme de la mastérisation adoptée en 2008, le nombre de candidats au métier d'enseignants ne cesse de diminuer. Selon les sages de la rue Cambon, la réforme de la mastérisation a manqué toutes ses cibles. Carton rouge
De la réforme de la mastérisation, qui a fait passer le niveau de recrutement des enseignants de bac+3 à bac+5, la Cour des comptes propose de ne rien garder. Ni la date du concours, ni le mode d'affectation des enseignants, ni leur pseudo-formation. Pour les sages de la rue Cambon, cette réforme, adoptée en conseil des ministres en juin 2008, a manqué toutes ses cibles. Les économies envisagées
La Cour a refait le calcul. La suppression de 9 567 équivalents temps plein aurait pu rapporter 707 millions d'euros en 2011. Mais, une fois enlevé le coût de mesures d'accompagnement, comme la revalorisation des débuts de carrière (38 millions d'euros), les bourses au mérite versées aux étudiants (25 millions) ou les indemnités de tutorat (27 millions), il ne reste plus que 370 millions d'économies. Les magistrats se sont arrêtés là dans leur calcul, suggérant qu'il faudrait aussi ôter le coût supplémentaire pour la nation des deux années d'études qui mènent de la licence au master – à 10 000 euros l'année par élève. Un master d'enseignement souvent préparé pour… rien
"Le taux d'échec important aux concours de recrutement traduit du point de vue de la bonne gestion des finances publiques, une inefficience marquée, les étudiants recalés auront été coûteusement et spécifiquement formés à un métier qu'en définitive ils n'exerceront pas", note la Cour. La rue Cambon propose donc "d'organiser les concours avant ou au début des masters". Un peu comme avant la réforme… L'amélioration du niveau des enseignants
"Plus de 70% des enseignants recrutés au mois de juin précédent n'avaient aucune expérience de l'enseignement. Or les conditions de leur prise de fonctions à plein-temps n'ont pas fait l'objet d'une attention suffisante", relève la Cour, qui estime que "ce nouveau dispositif a été engagé pour pouvoir tirer parti le plus rapidement possible des économies d'emplois qu'il permettait". Ainsi les magistrats regrettent-ils que des enseignants stagiaires aient été affectés dans deux ou trois établissements différents: dans une académie du Sud-Est, cela a été le cas de tous les enseignants d'arts, mais aussi de 25% des professeurs de sciences physiques, 24% d'histoire-géographie, 22% d'anglais… Ce qui complique l'intégration dans une salle des professeurs. Ce service à assurer dans des conditions difficiles a encore été alourdi par des heures supplémentaires puisque la Cour relève que, dans une académie de l'Est,"35% se sont retrouvés avec des heures supplémentaires". Plus globalement, "les enseignants stagiaires ont une charge horaire supérieure d'un tiers par rapport au temps de travail d'un professeur titulaire" puisqu'ils ont dû effectuer une formation express sur leur temps libre… Le tutorat promis
"Sur le plan national, 23% des stagiaires n'étaient pas situés dans le même établissement que leur tuteur", relève la Cour. De plus, la mission du tuteur n'a pas été pensée: "Le ministère ne s'est pas doté d'instruments précis permettant de s'assurer de l'efficacité du tutorat." Et la Cour de regretter que, sur le sujet, le ministère "dispose de très peu d'éléments d'information, alors que son importance pour la formation des enseignants justifierait une capacité nettement accrue de suivi et d'évaluation de cette activité". Pourtant, 27 millions d'euros ont bien été versés aux tuteurs. La réussite des élèves
Les magistrats de la rue Cambon soulignent que "les objectifs fixés par le code de l'éducation devraient normalement se traduire par une formation particulièrement renforcée en matière de gestion de l'hétérogénéité des niveaux des élèves au sein des classes. Or, selon les circulaires, cette formation ne représentait en 2010-2011 que neuf heures pour les enseignants du second degré et entre six et dix- huit heures pour les professeurs des écoles ". Les sages remarquent aussi qu'eu égard à l'objectif d'un socle commun de connaissances et de compétences, qui figure dans la loi, la mastérisation aurait dû permettre de rapprocher les concours de professeurs des écoles et de professeurs du secondaire, et peut-être aussi de l'introduction d'une bivalence dans les concours. Occasion ratée. Le vivier de candidats réduit
La Cour pointe un problème plus grave à moyen terme. "Le vivier de candidats s'est réduit de plus de 50 000 inscrits, soit une baisse des inscriptions d'un tiers sur une seule année" entre 2010 et 2011. Le vivier des mastérisés compte 300 000 étudiants de moins que celui des licenciés. De plus, le pourcentage des inscrits qui se présentent réellement au concours a encore décru entre 2010 et 2011. Maryline Baumard
De plusieurs académies ( Dijon, Reims, Nantes…) nous parviennent des nouvelles inquiétantes comme l’intention de certains proviseurs de regrouper sous prétexte de création par la réforme des lycées d’un tronc communpour l’histoire géographie en Première, des élèves des séries L et ES avec des élèves de S.
Si un regroupement des ES et des L ne pose pas forcément de problème et peut même avoir des aspects pédagogiquement intéressants, celui mêlant des S et des ES-L nous paraît particulièrement nocif pour toutes les séries. Les uns prépareraient, dans la même structure horaire d’année et avec le même enseignant, les épreuves du Baccalauréat et les autres non. Les élèves de S indistinctement mêlés seraient défavorisés par rapport aux élèves des lycées qui auraient pu maintenir des groupes distincts par séries .
Pour les collègues, enseigner dans ces classes relèverait de la gageure ( comment concilier des impératifs aussi différents ?
. Faudra- t’-il donner dans la même section des devoirs distincts aux élèves en fonction de leur série ?
. Y aura- t’-il des manuels conçus pour les S , d’autres pour les Let ES ?
En tout état de choses ce regroupement représenterait un surcroît de travail aux collègues d’Histoire et de Géographie d’autant plus inacceptable que le paiement de la 1ère chaire est loin de leur être garanti ?
Nous demandons au ministère de l’Education nationale de dissiper ces inquiétudes, le plus rapidement possible, de faire un texte de cadrage national pour que tous les élèves des séries générales de 1 ère en Histoire Géographie ne soient pas regroupées dans une même classe et que soient maintenues les classes de S distinctes.
Sinon cela entraînerait immanquablement une inégalité entre les établissements et entre élèves et une étape de plus dans la dégradation des nos disciplines .
D’après les renseignements des Régionales de Bourgogne, de Nantes et de Champagne Ardenne, .
Le secrétariat général
Béatrice Louapre Sapir, HubertTison
Commentaire d'un article de
Marilyne Baumard Le Monde (source LEMONDE.FR | 29.01.11 | 11h24
M. Chatel propose une réforme de l'enseignement des sciences.
Des résultats à l"évaluation PISA jugés trop moyens
Les résultats à l'évaluation internationale PISA le 8 décembre 2010 auraient montré qu'en six ans, la France avait glissé du groupe des forts en maths à celui des pays juste moyens de l'OCDE. En sciences, les résultats seraient stables. (NDR: il n'y a donc pas de situation catastrophique)
Des élèves qui choisiraient les sciences sans apétance particulière
Si les élèves continuent à se bousculer en section scientifique au lycée, ce serait parce qu'elle serait la filière la plus "prestigieuse". Selon l'article, la preuve en serait que la licence de sciences n'attire que 11 % des bacheliers. Certes, les prépas happent beaucoup de bacheliers S mais ce serait curieusement oublier l'importance des orientations en filières médicales et écoles d'ingénieur.
Le Monde a l'explication: la science ne "ferait plus rêver".
(NDR : n'y aurait il pas plus largement entre la "désaffection" et les carrières/ salaires proposés aux chercheurs en France?).
1ere solution: supprimer les enseignants spécialisés de Sciences et les remplacer par des "généralistes".
Quelques 400 collèges vont mettre en place l'enseignement intégré des sciences et technologies pour les classes de 6ème et 5ème. Les élèves n'auront plus trois enseignants : un pour la physique, un autre pour les sciences de la Vie et de la terre et un troisième en technologie mais un seul pour un grand cours de " sciences et technologie" (NDR: avec un recrutement basé sur quel niveau de formation???) . Lancée en 2006 et aujourd'hui en place dans 50 collèges, l'opération va être étendue à huit fois plus d'établissements. Chaque collège sera par ailleurs amené à produire un projet sciences. Un programme collectif et transversal, en partenariat avec un scientifique.
(NDR: en clair, la supression des postes de professeurs certifiés et agrégés de sciences en 6eme 5eme)
2eme solution: REDORER LES MATHÉMATIQUES en faisant appel au secteur privé
Au cœur d'une série d'initiatives pour redorer les mathématiques, l'opération MathC2+ se distingue par ses visées. L'inspection générale de mathématiques a élaboré ce projet pour détecter les talents au sein d'un nouveau public et encourager les carrières scientifiques. Grâce au financement d' entreprises comme EADS, CASIO, le Crédit Mutuel ou Microsoft, des jeunes de la 4ème à la 2nde vont se voire offrir une semaine de stage durant les petites vacances. Pour faire des maths autrement, avec des chercheurs ou des ingénieurs. 13 académies se lancent dès cette année et toutes pourraient être couvertes en 2013.
Dans un même temps! La réforme du lycée se traduit par la diminution des horaires de sciences
L'auteur de l'article, Marilyne Baumard s'étonne alors que, plutôt que changer un mode d'enseignement (qui, selon elle, gâcheraît le "goût des sciences") le ministre invente d'autres manières de les aborder.
Elle note à juste titre qu'au delà de ces belles initiatives, parallèles à la scolarité, la réforme du lycée va réduire l'enseignement des sciences en classe de 1ère scientifique, les mathématiquess perdant une heure hebdomadaire, la physique une heure et demi et les Sciences de la Vie et de la terre, une heure. Une diminution qui n'est pas compensée par la demi heure de maths supplémentaire en terminale.
(NDR: sans compter les réductions dans les autres filières de 1ere , ainsi que la réforme déjà en cours de seconde qui, par exemple , réduit l'enseignement pourtant si essentiel des SVT à une demi heure de cours général et une heure de travaux pratiques par semaine ...).